dimanche 12 novembre 2017

MEILLEURE ACTRICE 1928

Le Général Yen passe en revue les meilleures actrices de 1928, une année riche en films qui s'attachent à explorer les hauts et les bas des relations entre femmes et hommes, des bas-fonds des quais de New-York jusqu'à ses gratte-ciels, des déserts battus par les vents aux salons de la bourgeoisie urbaine.

La favorite du Général : LILLIAN GISH pour The Wind
Dans un film aux accents oniriques, où le vent est un personnage à part entière qui matérialise les peurs des hommes, le style éthéré de Lillian Gish n'a jamais été aussi bien utilisé. Le calvaire de l'héroïne, Letty, qui débarque dans un environnement hostile - une plaine désertique balayée par les tempêtes et habitée par des hommes rustres - est construit pas à pas par le jeu subtil et expressif de l'actrice, dont le personnage semble progressivement sombrer dans la folie, obsédé par son ennemi immatériel. L'une de ses scènes les plus marquantes la voit les yeux valsant au rythme du balancement d'une lampe, comme hypnotisée, son esprit semblant la fuir, emporté par les vents. A l'apogée de sa carrière, Lillian Gish n'a probablement jamais autant dominé un film que dans The Wind, qui m’apparaît comme un conte moderne tout entier au service du talent de son interprète principale.


Le tableau d'honneur

Elles l'ont courtisé, il ne les a pas élues. Mais le Général est magnanime, voyez plutôt :

MARION DAVIES pour The Patsy : Avec The Patsy, Marion Davies élève la "grimace" au rang d'art. Elle y déploie tout un arsenal de mines et mimiques (froncement de cils, tirage de langue, gros yeux, moue déçue, sans oublier le regard fixe et langoureux vers l'homme de ses rêves) dans un crescendo comique irrésistible, qui culmine avec les mythiques imitations de Mae Murray, Lillian Gish et Pola Negri. Tout cela est mis au service de "l'éducation sentimentale" de l'héroïne, une souffre-douleur rêveuse et entreprenante.

ELEANOR BOARDMAN pour The Crowd : La performance est acclamée comme l'une des meilleures du cinéma muet, et elle l'est à juste titre. Eleanor Boardman dépeint toujours avec l'émotion la plus juste les bonheurs et les malheurs de cette épouse, qui semble être le miroir de son époque - femme modèle, dévouée, mais certainement pas dominée - ce qui la rend extrêmement attachante de sa première à sa dernière scène, et illustre tout le réalisme de son jeu, assez moderne pour 1928.

GLORIA SWANSON pour Sadie Thompson : Si le thème du film ne pouvait qu'éveiller ma curiosité (un pasteur rigoriste pourchasse une ancienne prostituée qui veut refaire sa vie sur une île du Pacifique), Gloria Swanson ne l'a certainement pas déçue. L'œil mutin et aguicheur, mâchouillant son chewing-gum, elle donne à son héroïne le soupçon de vulgarité qui la rend crédible sans négliger un charme plus universellement féminin. Alternant des scènes de confiance en soi et de doute, l'actrice compose un personnage complexe, qui révèle sa fureur contre Barrymore pour mieux s'adoucir avec Walsh. Restent cependant des incohérences dues au scénario sur la fin.

BARBARA KENT pour Lonesome : Véritable "girl next door", cette Mary incarnée par Barbara Kent possède une forme de charme simple qui rend son jeu irrésistiblement efficace. Si ce film parvient à rendre quasiment magiques des événements très ordinaires en l'espace d'une journée, entre travail, plage et fête foraine, c'est grâce à un duo d'acteurs auxquels on ne peut que s'identifier. Sans jamais avoir l'air de forcer sa performance, l'actrice est captivante par la seule expression de son visage, qu'elle soit malicieuse quand Mary s'amuse avec la jalousie de Jim ou inquiète et perdue quand elle est à sa recherche. Ah, et quel sourire !


La revue terminée, le Général prend une pause bien méritée. Son célèbre thé recèle bien des mystères...

Le Thé du Général
- Riche en arômes : Fay Wray (The Wedding March) - peut-être le meilleur rôle de l'actrice, tant son expressivité fait ici des merveilles, magnifiée par la réalisation de Stroheim dans l'un des derniers grands "muets".
- Coloré : Betty Compson (The Docks of New York), qui incarne une prostituée sauvée du suicide en découvrant au fur et à mesure toutes les facettes de son personnage, bien aidée par son charisme explosif.
- Fleuri : Joan Crawford (Our Dancing Daughters), qui me prouve qu'elle était déjà à son aise dans le cinéma muet, en interprétant un personnage assez fascinant dans une fable moderne sur les fausses apparences.
- Sucré : Norma Shearer (Lady of Chance), qui fait mouche dans ce rôle mi-comique, mi-romantique de gold digger qui s'éprend de sa proie.
- Étrange : Renée Falconetti (La passion de Jeanne d'Arc), dont je ne sais finalement trop quoi penser : son expressivité est techniquement impressionnante, mais je suis vite devenu allergique à son regard fixe à moitié dément, qui manque de subtilité et ne la rend pas crédible à mes yeux ; le film est malgré tout un must-see pour ses choix de réalisation très modernes, en particulier les gros plans qui semblent sonder l'âme des personnages.
- Mi-figue... : Greta Garbo (A Woman of Affairs) - une bonne prestation, objectivement, mais le charme n'opère plus, d'autant qu'elle pâtit dans mon esprit de la comparaison avec Constance Bennett dans le remake de 1934, Outcast Lady.
- ...Mi-raisin : Janet Gaynor (Street Angel), qui ne parvient toujours pas à me séduire, avec une prestation trop larmoyante dans un film au scénario a priori intéressant mais qui s'avère trop ennuyeux.

lundi 23 octobre 2017

MEILLEURE ACTRICE 1935


Le Général Yen passe en revue les meilleures actrices de l'année 1935, une année qui a la particularité d'abriter deux de ses personnages favoris de l'ère classique (voir à ce sujet cet article) parmi une multitude de mélodrames plus ou moins réussis, mais aussi de quelques comédies remarquables.


La favorite du Général : MARGARET SULLAVAN pour The Good Fairy
Dans mon esprit, parvenir à battre la performance répertoriée juste après n'était pas chose aisée. C'est dire si le personnage de cette jeune orpheline hongroise au caractère pétillant et innocent m'a séduit. En interprétant un rôle comique qui possède dans une large mesure les accents loufoques des grandes screwball comedies de la fin des années 1930, Margaret Sullavan parvient avec sa subtilité habituelle à être parfaitement crédible en jeune fille et joue délicieusement avec le décalage permanent créé par la joyeuse candeur de sa Luisa Ginglebuscher, sans jamais tomber dans le ridicule. Le « must » : la scène où elle se dandine devant un miroir avec sa fourrure de « foxine », sa silhouette se reflétant à l’infini, est fabuleuse et symbolise à elle seule toute l’âme de ce personnage attachant. Qui plus est, le film déploie toute la magie des évocations d'une Budapest au romantisme fantasmé, et associe avec succès Margaret au charme suranné de l'excellent Herbert Marshall.


Le tableau d'honneur

Elles l'ont courtisé, il ne les a pas élues. Mais le Général est magnanime, voyez plutôt :

- KATHARINE HEPBURN pour Alice Adams : Dans ce film plutôt quelconque figure l'un de mes rôles préférés du cinéma classique. Alice Adams est très certainement le personnage le plus attachant joué par Katharine Hepburn : l'actrice rend tout à la fois adorable, irritante, drôle et émouvante cette jeune fille qui rêve de s'élever socialement. Aux portes d’un monde "à la Jane Austen", elle s’efforce de ressembler à ses "amies" mieux loties qu’elle, et nous sont dévoilés ses doutes et ses peines, la rendant chaque minute qui passe plus charmante.

- CAROLE LOMBARD pour Hands Across the Table : Dans cette comédie romantique bien ficelée, Carole Lombard s'entend à merveille avec un Fred McMurray bien plus à son aise que dans Alice Adams pour former un couple déluré. Son jeu déborde du charisme candide qui est sa marque de fabrique, lui permettant de ravir les cœurs de ses partenaires masculins et du public. Quant à sa beauté, radieuse, elle a rarement reçu un tel traitement de faveur.

- MIRIAM HOPKINS pour Becky Sharp : Une telle héroïne, à l'esprit aussi vif que sa morale est douteuse, qui d'autre que Miriam Hopkins aurait pu l'incarner avec un tel succès ? Certes, le film est loin du chef d'œuvre, mais le personnage de Becky Sharp tel que nous l'offre l'actrice est un déferlement de mines coquines, de reparties assassines et de séduction effrontée. Si Becky est la hantise de la haute société et la honte des bonnes mœurs anglaises, elle est un régal pour le spectateur, qui ne peut que prendre son parti malgré ses frasques toujours plus osées, d'autant que Miriam nous dévoile aussi sa face cachée, ses doutes et une humilité insoupçonnée, qui la rendent terriblement humaine. 

- BETTE DAVIS pour Dangerous : A l'image de ce film au début et à la fin plus que mitigés, Bette Davis met une petite demi-heure avant d'entrer dans son rôle. Et alors que je pensais détester son personnage d'actrice alcoolique à la dérive, je me suis retrouvé fasciné (comme le protagoniste) par son charme étonnant, gouailleur et malsain, avant d'être tout à fait séduit par la nuance du caractère ambivalent qu'elle apporte progressivement à son héroïne, tiraillée entre ses sentiments naissants et son penchant pour l'autodestruction.


La revue terminée, le Général prend une pause bien méritée. Son célèbre thé recèle bien des mystères...

Le Thé du Général
- Gourmand : Jean Arthur (If You Could Only Cook), dont la niaque culottée s'allie parfaitement au style guindé d'Herbert Marshall pour composer un solide duo comique et romantique, dans le plus pur style de l'actrice.
- Exotique : Marlene Dietrich (The Devil Is a Woman), qui au sein d'un film merveilleusement réalisé (quels décors, quel éclairage !!) parvient fort logiquement à séduire et à illuminer ses scènes, mais son jeu est parfois lourd ; j'hésite entre le reprocher à l'actrice ou considérer que ça ne fait qu'illustrer le caractère de son personnage.
- Explosif : Barbara Stanwyck (Annie Oakley), qui est comme toujours excellente, interprétant ici une fine gachette en n'oubliant pas de lui donner une forte personnalité et un charme tout "stanwyckien" ; le film perd cependant en valeur en s'appesantissant un peu trop à mon goût sur les déboires de l'alter-ego masculin.
- Parfumé : Merle Oberon (The Dark Angel), qui fait preuve d'une grande sensibilité dans le film où je l'ai découverte ; sa relation à Fredric March est intense et belle.
- Généreux : Kay Francis (Stranded), qui compose très joliment un personnage altruiste et admirable  ; son expressivité met bien en valeur l'humanité de son héroïne.
- Noble : Greta Garbo (Anna Karenina), qui fait du Garbo, et le fait bien, dans un film au rythme autrement trop peu soutenu pour soutenir mon intérêt ; on ressent à plein le dilemme qui déchire l'âme d'Anna, l'émotion s'écoule à flots à chaque mot, mais son jeu possède ses écueils habituels (surjeu, théâtralité).
- Ponctué de notes puissantes : Ann Harding (Peter Ibbetson), qui déploie au milieu du film un charisme très séduisant face à Gary Cooper, jusqu'à un magnifique "climax" ; le film dérive malheureusement sur un chemin mystico-romantique qui m'a perdu.
- Sans surprise : Irene Dunne (Magnificent Obsession), qui à l'image du film ne donne réellement satisfaction que dans la (très belle) seconde moitié, où l'héroïne se retrouve aveugle ; la grande performance du film revient cependant à Robert Taylor.

dimanche 8 octobre 2017

MEILLEURE ACTRICE 1930


Le Général Yen passe en revue les meilleures actrices de l'année 1930, une année qui voit les derniers feux du muet affronter une armada de "talkies" aux qualités inégales. Parmi les "women's pictures", dont sont extraites la plupart des performances citées dans cet article, prédominent les comédies mondaines et de remariage, ce qui donne un net avantage aux actrices possédant dans leur manche un atout de charme chic et raffiné. Mais cela ne suffit pas pour l'emporter...



La favorite du Général : MARY DUNCAN pour City Girl 
Avec City Girl, un film muet à l'esthétique remarquable par sa beauté sobre, F. W. Murnau donne le rôle de sa vie à Mary Duncan. Dotée d'une expressivité intense calibrée pour le cinéma muet, l'actrice dévoile subtilement toute une panoplie d'émotions, sans surjouer, ce qui lui permet à mes yeux, pour cette année 1930, de maintenir la suprématie du jeu muet sur le parlant. Elle incarne ici Kate, une jeune citadine à la forte personnalité, sexy et provocante, qui fait une irruption remarquée dans le quotidien d'une famille de la campagne. Si le scénario met en exergue l'opposition fille des villes vs. hommes des champs, le jeu de Mary, quant à lui, souligne les conflits internes d'une jeune femme qui verra ses certitudes éprouvées par les réactions hostiles à son arrivée - celle d'une intruse - dans un monde qui, pour certains, ne sera jamais le sien. 


Le tableau d'honneur

Elles l'ont courtisé, il ne les a pas élues. Mais le Général est magnanime, voyez plutôt :

- ANN HARDING pour Holiday : Oui, mon jugement est biaisé puisque j'adorais déjà ce personnage dans la version de 1938. Mais, même si j'ai une préférence pour la merveilleuse Linda incarnée par Katharine Hepburn, l'héroïne de 1930 est délicieusement envoûtante. Ann Harding la campe elle aussi de manière assez théâtrale, de façon probablement assez similaire à la pièce d'origine, mais elle est plus nuancée que Kate. Il s'agit peut-être de son rôle le plus abouti, sans aucun doute le plus lumineux.

NORMA SHEARER pour The Divorcee : Voilà une Norma que j'aime tout particulièrement. Dans un film très en avance sur son temps, mais qui manque hélas de dynamisme, elle sort du lot par sa présence à l'écran et son naturel désarmant. Qui plus est, elle domine les hommes avec classe et impose une vision moderne de la femme.

NANCY CARROLL pour The Devil's Holiday : Le charme opère tout de suite chez Nancy Carroll avec ce rôle qui permet à l'actrice de pétiller littéralement à l'écran en jeune "chercheuse d'or" a priori sans scrupules, qu'elle rend sympathique par sa bonhomie comique. La transition vers la femme inquiète et amoureuse est un peu brutale, due au scénario, mais l'émotion est au rendez-vous : on ne peut qu'adhérer.

MARLENE DIETRICH pour Morocco : Dans un film au charme exotique indéniable, Marlene envoûte deux hommes ainsi que moi-même, tout cela avec une certaine pudeur qui rajoute à son aura. Un regard comme souvent puissant. Sa prestation en fin de film est emplie d'une émotion majestueuse.



La revue terminée, le Général prend une pause bien méritée. Son célèbre thé recèle bien des mystères...

Le Thé du Général
- Noble : Constance Bennett (Sin Takes a Holiday), qui après un début de film agrémenté d'un charme discret se retrouve dans la peau de son personnage fétiche, la mondaine séductrice au regard pétillant et aux répliques mordantes.
- Corsé : Barbara Stanwyck (Ladies of Leisure), qui donne déjà un joli aperçu de ses talents et de sa personnalité à l'écran, bien affirmée.
- Sucré : Jeanette MacDonald (Monte Carlo), irrésistible par son charme comique dans cette comédie musicale imparfaite, mais qui se laisse regarder agréablement.
- Subtil : Nancy Carroll (Laughter), dont le jeu nuancé, allié à celui de son partenaire Fredric March, relève le matériel initial du film et permet de développer le caractère de son personnage, qu'elle ne rend cependant pas aussi attachant qu'elle le pourrait. 
- Fleuri : Norma Shearer (Let Us Be Gay), qui nous offre une performance particulièrement joviale et une transition physique pour le moins spectaculaire, le rôle l'amenant à nouveau à endosser les habits d'une femme divorcée qui se mue en mondaine frivole et séductrice.

dimanche 1 octobre 2017

MEILLEURE ACTRICE 1932

Le Général Yen passe en revue les meilleures actrices de l'année 1932...


La favorite du Général : CONSTANCE BENNETT pour What Price Hollywood? 
Un rôle bâti pour les Oscars. Une présence scénique fabuleuse. Une voix qui intrigue, oscillant entre tons rauques et pétillants. Voilà les atouts de Constance qui, dans un film critique envers le "système" de la fabrique à stars, nous offre une performance majuscule. La facilité déconcertante qu'elle déploie pour illustrer la transformation de la serveuse ambitieuse en star capricieuse mais attendrissante, alliée à son charme et son élégance indépassable, en font l'une des plus belles prestations du début des années 1930.


Le tableau d'honneur

Elles l'ont courtisé, il ne les a pas élues. Mais le Général est magnanime, voyez plutôt :

- KAY FRANCIS pour One Way Passage : C'est l'année Kay Francis, alors avec quatre grands rôles tous aussi croustillants les uns que les autres (dans Trouble in Paradise, Jewell Robbery, Man Wanted et One Way Passage), difficile de trancher. Je choisis One Way Passage pour l'intensité mélodramatique forte et néanmoins juste et sobre ainsi que pour la symbiose quasi poétique qu'elle entretient avec William Powell, dans un film que je ne peux que qualifier de sublime. 

- MIRIAM HOPKINS pour Trouble in Paradise : Quoique j'adore Kay Francis dans ce film, Miriam Hopkins n'en est pas moins lumineuse. Sa capacité comique et émotionnelle est peut-être à son sommet dans cette petite perle signée Lubitsch. Ses mines hilarantes, ses répliques ironiques, son alchimie avec Herbert Marshall et sa "jalousie" de Kay Francis sont à ne manquer sous aucun prétexte. 

- JEAN HARLOW pour Red-Headed Woman : Le mythe Harlow trouve ici tout son sens. La sulfureuse "blonde platine" (qui ici est rousse !), la plus grande prédatrice on-screen de l'époque, n'a jamais été aussi sensuelle et pourtant si humaine : si forte et si faible à la fois. Un personnage délicieusement antipathique à Hollywood, c'est suffisamment rare pour être souligné.

- MARLENE DIETRICH pour Shanghai Express : Son jeu "parlé" a beau être décevant (diction peu naturelle, même pour une Allemande), elle possède une telle classe  dans son jeu de corps et de regard qu'elle parvient à ensorceler son public, et à dominer le film tout en faisant ressortir le tragique et l'humilité de son personnage.


La revue terminée, le Général prend une pause bien méritée. Son célèbre thé recèle bien des mystères...

Le Thé du Général
- Fleuri : Jeanette Macdonald (One Hour With You), qui fait des ravages avec son talent comique très pré-code.
- Exotique : Maureen O'Sullivan (Tarzan, the Ape Man), qui campe le personnage le plus intéressant du film avec une certaine fougue et beaucoup de charme.
- Savoureux : Joan Crawford (Grand Hotel), pour moi le meilleur second rôle de l'année, ce qui lui vaut une mention ici, pour sa capacité à s'imposer au sein d'un casting de luxe et son alchimie avec les deux Barrymore.
- Pétillant : Marion Davies (Blondie of the Follies), une explosion d'émotions et d'humour dans son regard et sur les traits de son visage, au sein d'un film très moyen.
- Puissant : Joan Blondell (Three on a Match), d'une grande présence face à Ann Dvorak et une jeune Bette Davis.
- Piquant : Myrna Loy (The Animal Kingdom), qui dépeint d'une façon très justement contrastée une épouse jalouse et malicieuse, mais désemparée et combative.
- Doux : Ann Harding (The Animal Kingdom), qui donne une grande profondeur, empreinte d'humanité et de pudeur, à un personnage aux mœurs réprouvées par la société de l'époque, sans pour autant tomber dans l'angélisme et la naïveté.
- Sucré : Carole Lombard (Virtue), qui incarne avec justesse un personnage très pré-code, sexy et rebelle, loin de ses futures excentriques de la screwball comedy.
- Corsé : Irene Dunne (Back Street), beaucoup d'émotion et de justesse, qui lui permettent de dominer facilement le film, mais un intérêt limité.

lundi 18 septembre 2017

JOAN BLONDELL, LA DAME EN OR DE LA DÉPRESSION


La sémillante Joan Blondell (1906-1979) est l’une des actrices les plus représentatives du début des années 1930, marquées par deux phénomènes : l’ère Pré-Code dans l’industrie holywoodienne et la Grande Dépression dans le monde « réel ». Ainsi, elle connait son heure de gloire dans des films de gangsters ou d’escrocs, brillant notamment par son association comique et sentimentale avec James Cagney, ou encore dans des comédies musicales figurant le personnage-type de la chorus-girl désœuvrée et manipulatrice. Actrice joviale à la gouaille aguicheuse, elle s’est fait une spécialité des rôles de femmes au tempérament affirmé qui ne s’en laissent pas compter face aux hommes, sans pour autant se départir d’une féminité très sensuelle et surtout, d’une capacité à susciter l’émotion, bien aidée en cela par ses grands yeux bleus au pouvoir quasi hypnotique.


Blonde Crazy, la Belle et le Truand


Un film de Roy Del Ruth (1931), avec Joan Blondell, James Cagney et Ray Milland.

L’histoire : Après l’avoir aidée à obtenir un emploi dans un hôtel, Bert, un groom entreprenant, embarque Anne, une femme de chambre, dans un engrenage de petites escroqueries, tout en s’efforçant de la séduire.

Blonde Crazy est le film qui permet au duo James Cagney / Joan Blondell d’exprimer tout son potentiel, offrant au cinéma Pré-Code l’une de ses plus belles perles. L’alchimie entre les deux jeunes acteurs est évidente et, s’ils apparaissent ensemble dans pas moins de sept films, leur potentiel n’aura cependant jamais été autant exploité qu’ici. La faute probablement à la fin du Pré-Code, tant leur association en est caractéristique : lui, le petit escroc malin, aventureux et coureur de jupons ; elle, la working girl ambitieuse, sexy et indépendante. Ces profils correspondent aux personnages types des deux acteurs pendant toute la première partie de leur carrière, et pour lesquels ils sont passés à la postérité.

Joan Blondell aura rarement été aussi mise en valeur que dans Blonde Crazy. Des scènes osées pour l'époque renforcent sa capacité d'attraction, tandis que les dialogues lui permettent de montrer l'étendue de sa repartie face à un Cagney plus malicieux que jamais.

Le film oscille entre comédie et drame, alliant l’aura d’impertinence comique qui émane des deux protagonistes au contexte difficile de la Grande Dépression. Omniprésent dans les films de Blondell, cet univers de lendemains qui déchantent voit prospérer les escrocs et amène nos héros à lutter grâce à leur charme et à leur filouterie. Ces armes bien à eux les rendent attachants et leur permettent d’espérer atteindre le but de la plupart des personnages de film américains de cette époque, à savoir une vie meilleure, quoi qu’il puisse leur en coûter.


Blondie Johnson, la patronne de la pègre


Un film de Ray Enright (1933), avec Joan Blondell et Chester Morris.

L’histoire : A la mort de sa mère, Blondie Johnson, une jeune femme sans emploi, décide de s’enrichir par tous les moyens. A la suite de ses premières escroqueries, elle se rapproche de Danny, le bras droit du patron de la pègre locale.

Ici, pas de ressorts comiques, la Dépression produit ses effets les plus noirs, et le ton est donné d’entrée : l’héroïne quitte son emploi parce qu’elle est harcelée sexuellement, elle se voit refuser une aide sociale parce qu’elle a démissionné, et sa mère malade meurt. Difficile de faire plus tragique. « Blondie » Johnson va pourtant se ressaisir en choisissant la « voie de la facilité », pour paraphraser le discours moralisateur d’un prêtre et, après de petites escroqueries, elle se met à fréquenter les parrains de la pègre locale.

Blondie est un personnage assez fascinant, car c’est l’un des personnages de femme les plus dominants de tout le cinéma classique. Au pied du mur, dans un milieu masculin et machiste, elle parvient à devenir indispensable aux hommes les plus dangereux de la ville, et ce de manière crédible. Elle refuse d'utiliser ses charmes pour parvenir à ses fins et, en définitive, se révèle plus maligne que ses comparses masculins, jusqu'à tirer les ficelles elle-même. Evidemment, cela implique des sacrifices, et ses doutes, ses dilemmes et ses choix sont bien soulignés par le scénario.

Joan Blondell, quant à elle, donne une dimension humaine et fondamentalement sympathique à un personnage qui aurait pu se révéler vite désagréable à l'écran, ce qui aurait nui au propos du film. Ce rôle est probablement l’un de ses meilleurs et, fait marquant, bien que sa féminité ne la quitte jamais, elle joue ici surtout sur son charisme, qui a rarement été aussi développé. Avouons-le, l’absence d’un véritable alter ego masculin joue à plein : même si Chester Morris est crédible dans son rôle, son personnage reste au second plan par rapport à la personnalité de Blondie, ce qui permet de conserver jusqu’au bout l’image d’une femme forte mais seule, au milieu de toute une galerie d’hommes sans pitié.


Gold Diggers of 1933, la Dépression fait son show


Un film de Mervyn LeRoy (1933), chorégraphies de Busby Berkeley, avec Joan Blondell, Ruby Keeler, Aline MacMahon, Warren William et Dick Powell.

L’histoire : Quatre actrices de music-hall sans le sou sont embauchées par un producteur grâce à l’aide d’un jeune compositeur, qui s’implique dans le spectacle. Mais le frère de ce dernier ne l’entend pas de cette oreille...

Film emblématique de la Grande Dépression, Gold Diggers of 1933 l’est à double titre : il donne voix à des personnages qui luttent pour vivre comme ils le désireraient (les quatre comédiennes) et, dans les spectacles de celles-ci, il met en lumière l’état d’esprit de leur public, qui est aussi celui du film. Certaines phrases ou refrains sont frappants, tels « we want jobs » (nous voulons du travail) ou « remember my forgotten man » (« rappelez-vous de mon mari / fils / père que vous avez oublié », autrement dit que vous avez laissé tomber).

Bien qu’elle ne soit qu’un des nombreux personnages principaux, Joan détonne dans ce film : sa personnalité est la plus pétillante, ce qui lui permet de séduire son audience ; le numéro de fin du « forgotten man », l’un des meilleurs du genre, doit amplement son succès à sa capacité à émouvoir par son regard et sa voix d’une mélancolie à faire pleurer dans les chaumières.

Gold Diggers of 1933 est un bon film car bien équilibré : les numéros musicaux sont marquants pour le spectateur et participent à l’objet du film, qui est de parler de son époque de manière ludique ; chacune des héroïnes a son propre rôle dans le spectacle, en lien avec sa personnalité ; enfin, les personnages masculins possèdent tous un certain intérêt, et ne sont donc pas de simples supplétifs (Guy Kibbee apporte la performance comique, Warren William trouve un juste milieu entre sévérité et empathie, et Dick Powell est au centre de l’intrigue, à la fois intérêt amoureux d’une des actrices et pièce maîtresse du spectacle).


Et aussi…

- Night Nurse (1931), de William A. Wellman, avec Barbara Stanwyck : un second rôle qui permet à Joan Blondell de se mesurer au cocktail explosif du charme et du charisme de la jeune Barbara Stanwyck ; pari réussi, grâce à leur complicité de jeunes infirmières qui n’ont pas froid aux yeux.

- Three on a Match (1932), de Mervyn LeRoy, avec Ann Dvorak, Bette Davis et Warren William : un joli drame qui raconte les destins opposés de trois jeunes femmes ; Blondell sort du lot par sa personnalité pétillante ; Davis est un peu en retrait.

- Lawyer Man (1932), de William Dieterle, avec William Powell : un film avec William Powell est toujours un vrai plaisir, et le voir en duo avec une Joan en pleine forme est particulièrement réjouissant. Le scénario est cependant très conventionnel.

- A Tree Grows in Brooklyn (1945), d’Elia Kazan, avec Dorothy McGuire : une tranche de vie exposée ici de belle manière par Kazan ; Joan en tante un peu trop permissive apporte la touche de lumière dans un univers sombre et réaliste.

- Nightmare Alley (1947), d’Edmund Goulding, avec Tyrone Power : un des monuments de la grande année 1947, où Joan est l’une des trois femmes de la vie du personnage principal. Il s’agit d’ailleurs d’une belle performance, l’actrice apportant une dimension tragique au début du film, alors que le héros semble avoir un avenir radieux (voir aussi cet article pour une critique plus approfondie du film sur le blog).

- Lizzie (1957), de Hugo Haas, avec Eleanor Parker : Joan Blondell a pour moi l’avantage d’avoir évolué avec plusieurs de mes acteurs et actrices favoris, dont une Eleanor Parker à la triple personnalité. La performance de Joan a le mérite de souligner le caractère complexe de la relation entre l’héroïne et sa tante, mais le film est sans conteste entièrement dominé par Eleanor, dans l’un de ses meilleurs rôles.